Réhabilitons les produits alimentaires périmés
OPINIONS Réhabilitons les produits alimentaires périmés. Les Etats-Unis auront bientôt leur premier magasin vendant ces produits. Il ouvrira ses portes début 2014 dans la banlieue de Boston. En France, il existe déjà quelque 300 commerces du genre. Une aubaine pour toute une série de personnes et pas forcément celles auxquelles on pense en premier.
Nicolas VerdAvainne
Cofondateur et gérant du commerce Ecomalin. Animateur du blog "Gaspillage alimentaire" (http://gaspillage-alimentaire.overblog.com)
Vous avez fondé voici quatre ans un commerce de déstockage qui propose aussi des produits alimentaires. Comment vous est venue cette idée et pourquoi ? L’idée vient d’un constat : on gaspille beaucoup trop. Il y a beaucoup d’excédents de production. Dans le frais et légumes, il y a aussi ce qu’on appelle les calibres. Si les produits ne rentrent pas dans ceux-ci, ils sont jetés. Or, je ne supporte pas qu’on puisse jeter de la marchandise. Je ne peux pas concevoir le gaspillage et je fais tout pour casser les prix et éviter de devoir jeter quoi que ce soit. C’est une éthique que j’essaye aussi de transmettre à mes équipes, c’est important. Nous avons aussi un rôle social à jouer et cela nous motive, même si ce ne sont pas forcément les gens les moins aisés qui viennent chez nous. On créé du lien social parce que nous sommes un petit commerce comme il pouvait en exister il y a 50 ans. Proposez-vous des produits alimentaires dont la date de péremption est dépassée ? Certainement pas lorsqu’il s’agit de produits qui ont une date limite de consommation. Dans ce cas, nous faisons comme tout le monde : nous les jetons le jour dit. C’est malheureux, mais c’est normal parce qu’il s’agit de produits sensibles comme la viande, etc. Par contre, pour les produits qui ont une date limite d’utilisation optimale - ce que vous appelez en Belgique la date de durabilité minimale - nous avons pris le parti de les tester, de les goûter et de les offrir à des prix complètement cassés lorsque nous ne constatons pas de problème. Il s’agit des pâtes, du riz, des conserves… Autrement dit, des produits sur lesquels il n’y avait pas forcément, auparavant, une indication de date de validité. Tous ces produits nous sont principalement fournis par des grossistes, des industriels et parfois des centrales d’achats qui souhaitent déstocker. Quelle est votre clientèle ? Tout le monde. Ça va du professionnel au particulier en passant par les personnes âgées sans oublier les gens qui sont un petit peu malins et qui veulent faire de bonnes affaires. Nous avons aussi un important réseau de clients qui s’informe en temps réel via les réseaux sociaux sur les offres que nous proposons. Ces clients-là sont très fidèles et ils sont de plus en plus nombreux. En règle générale nous sommes de 10 à 60 % moins cher que les autres commerces. Jusqu’à 80 % parfois, mais ces cas sont relativement rares. Nous faisons des relevés de prix tous les jours et nous sommes toujours en dessous des prix pratiqués dans la grande distribution. Dernièrement, nous avons réalisé une étude avec un caddie similaire rempli chez nous et dans une grande surface à côté de notre magasin. Il y avait 45 euros d’écart entre les deux. Vos clients achètent-ils facilement ces produits périmés ou êtes-vous contraint de leur expliquer pourquoi ils sont encore consommables ? On doit leur expliquer. On doit le faire tous les jours ! Il faut quotidiennement convaincre les gens, leur expliquer la différence entre une date limite de consommation et une date de durabilité minimale. On doit aussi continuellement leur expliquer le concept de notre magasin. En Belgique, la ville de Herstal - 40 000 habitants - impose aux grandes surfaces de mettre leurs invendus à disposition des associations d’aide alimentaire. Ce n’est qu’à cette condition que leur est octroyé le permis d’environnement requis pour l’exploitation d’un commerce. Qu’en pensez-vous ? J’ai entendu parler de cette initiative parce que je tiens aussi un blog sur le gaspillage alimentaire. Je trouve que c’est une bonne décision. Elle est logique. Il faut arrêter de jeter toute cette nourriture. On peut la donner à des associations. C’est déjà ce qui se fait, mais il faut rendre cela obligatoire partout. A titre d’exemple, nous allions jeter 100 kilos de saucisses il n’y a pas longtemps. Au lieu de le faire, nous avons décidé de les cuisiner et de les distribuer gratuitement devant le magasin. Il s’agissait de ne pas gaspiller, mais aussi de faire bouger les choses parce qu’il faut trouver des solutions face au gaspillage.
Entretien : Charles Van Dievort
"Il faut quotidiennement convaincre les gens en leur expliquant ce qu’est la date limite de consommation et la date limite d’utilisation optimale. On doit aussi leur expliquer le concept de notre magasin."
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